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De gauche à droite : Cynthia Lauzon, Dre Blandine Mondésert et Catherine Harnois

Heart to heart : un projet humanitaire

Soins / 11.08.2026
Réutiliser des appareils cardiaques pour élargir l’accès aux soins
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De gauche à droite : Cynthia Lauzon, Dre Blandine Mondésert et Catherine Harnois

Cet article est tiré de la sixième édition du magazine de la Fondation.

En redonnant une seconde vie à des stimulateurs cardiaques et à des défibrillateurs encore fonctionnels, le projet Heart to heart permet l’accès à des soins spécialisés dans des contextes où les options thérapeutiques sont limitées, tout en favorisant le transfert d’expertise et l’autonomie clinique des équipes locales.

Revaloriser des dispositifs cardiaques

Heart to heart est né d’un déséquilibre tangible : dans certaines régions du monde, l’accès aux stimulateurs et aux défibrillateurs demeure très limité, alors qu’au Canada, certains dispositifs explantés offrent encore une durée de fonctionnement considérable. Or, bien que leur réutilisation au Canada ne soit pas possible en raison des normes en vigueur, la science confirme qu’une telle approche est tout à fait sûre. En 2020, une étude publiée dans le New England Journal of Medicine, cosignée par Thomas Khairy et le Dr Paul Khairy, cardiologue à l’ICM, a démontré que les appareils restérilisés présentent des taux d’infection et de mortalité comparables aux dispositifs neufs. Depuis sa création, le projet a permis la collecte, la remise à neuf et la redistribution sécuritaire de stimulateurs cardiaques et de défibrillateurs vers des centres hospitaliers partenaires à l’international. 

Après un ralentissement durant la pandémie, le projet connaît aujourd’hui un nouvel essor. Piloté initialement par Marie-Andrée Lupien, technologue en électrophysiologie médicale, et le Dr Paul Khairy, cardiologue électrophysiologiste de l’ICM, puis repris par Catherine Harnois, cheffe des laboratoires d’électrophysiologie interventionnelle et de la Clinique de stimulateurs cardiaques à l’ICM, Heart to heart vise désormais le déploiement de deux missions internationales par année.

Partir en mission en Côte d’Ivoire

En 2025, grâce au soutien de la Fondation et de Sainte-Justine au cœur du monde, la Dre Blandine Mondésert s’est rendue deux fois en mission à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en compagnie de Cynthia Lauzon, technologue en électrophysiologie médicale, et de Lucie Costentin, infirmière en hémodynamie. L’ICM s’est ainsi greffé à la mission du CHU Sainte-Justine pour y traiter des adultes, en complétant l’expertise pédiatrique déjà en place et en permettant d’offrir une prise en charge plus complète à la patientèle ivoirienne.

Cardiologue formée à l’Université de Grenoble, la Dre Blandine Mondésert est spécialiste en électrophysiologie. Elle exerce à l’Institut de Cardiologie de Montréal depuis 2014, où elle se consacre notamment aux troubles du rythme cardiaque, aux nouvelles technologies touchant les stimulateurs cardiaques et les défibrillateurs implantables, et aux cardiopathies congénitales chez l’adulte. Ce séjour à Abidjan n’était pas sa première mission humanitaire. Quelques années plus tôt, elle s’était déjà rendue, entre autres, à Assouan, en Égypte. Pour elle, mettre son expertise à profit dans des endroits où les besoins sont criants donne une tout autre perspective à son travail. Elle confie que cette expérience l’habite toujours depuis son retour : elle se sent plus posée et plus calme dans son quotidien.

Pour la spécialiste en électrophysiologie, Heart to heart répond à une réalité alarmante : « Chez nous, implanter un stimulateur cardiaque en urgence va de soi. Là-bas, la question du coût se pose avant même celle du soin. J’ai vu des patient·e·s signer des décharges et repartir sans le dispositif qui aurait été requis. Alors, si on peut au moins aider des familles qui n’ont pas les moyens de se permettre ces soins, c’est déjà beaucoup. »

L’importance de transmettre les connaissances

Au cœur de l’approche de Heart to heart se trouve la formation des équipes locales. En Côte d’Ivoire, la Dre Mondésert a été témoin d’une volonté forte de progresser, d’adopter de nouvelles pratiques et de développer une expertise durable de la part des équipes traitantes sur place.

Pour elle, cette logique de transmission va de soi. Par exemple, lors d’une mission précédente en Égypte, elle avait apporté du matériel d’extraction de sondes transveineuses, de stimulateurs cardiaques et de défibrillateurs implantables, et réalisé quelques interventions avec l’équipe locale. Avant son départ, elle leur avait laissé du matériel supplémentaire. Une semaine plus tard, elle recevait un message : les médecins étaient fiers d’avoir effectué une extraction fidèle à son enseignement avec le matériel laissé sur place. Tout s’était bien déroulé. Mission accomplie.

« Ce qui compte, ce n’est pas seulement ce qu’on fait pendant la mission, mais ce que les équipes sont capables de faire quand on n’est plus là. »
[Dre Blandine Mondésert]

L’avenir du projet

Afin que le projet prenne pleinement son essor en Afrique de l’Ouest, la prochaine étape consiste à acquérir un stérilisateur au peroxyde d’hydrogène à basse température, essentiel pour assurer la stérilité des implantations. 

Pour la Dre Mondésert, ces missions permettent de prendre du recul. « Là-bas, il n’y a pas de pression de résultats. Ça permet de relativiser. Et lors de la transmission de connaissances, même nous, on continue toujours d’apprendre. » 

« Voir les équipes locales gagner en autonomie, revoir des patient·e·s traité·e·s lors de missions précédentes et mesurer concrètement l’impact du travail accompli, c’est ce qui donne tout son sens à Heart to heart », résume la Dre Mondésert. Des missions exploratoires sont d’ailleurs envisagées à Bouaké, en Côte d’Ivoire, et à Dakar, au Sénégal, ouvrant aussi des occasions de partenariat pour les équipes de l’ICM. Soutenu par la Fondation, Heart to heart poursuit ainsi son déploiement, avec la volonté d’élargir son impact.

Le cœur de Blandine

Si le cœur de Blandine pouvait parler, voici ce qu’il nous dirait : 

« Quand on voit la reconnaissance dans le regard des patient·e·s là-bas, on comprend que, pour eux, ça change tout : ils ont une chance de continuer à vivre. Ces moments-là donnent un réel sentiment de devoir accompli. »

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