Fondé en 2001 et codirigé par Patrick Lavoie et Tanya Mailhot depuis 2018, le Laboratoire de recherche en sciences infirmières de l'ICM a pour mission d'évaluer et de développer des approches de soins infirmiers innovantes qui améliorent concrètement la qualité de vie des patient·e·s et de leur famille. Ses travaux s'articulent autour de trois axes : la prévention, la détection et la gestion des complications à la suite d'une chirurgie ou d'une procédure cardiaque; l'accompagnement des patient·e·s tout au long de leur parcours de soins; et la formation de la relève infirmière en soins critiques cardiovasculaires.
« Dans un quart de travail de 8 heures, une infirmière peut prendre entre 700 et 1 200 décisions », explique Patrick Lavoie, codirecteur du laboratoire et professeur agrégé à la Faculté des sciences infirmières de l'Université de Montréal. Chacune de ces décisions est une occasion d'influencer positivement la trajectoire du patient. L'idée, c'est de voir comment on peut former ces personnes pour qu'elles soient capables de déceler les bons indices, d'effectuer une évaluation juste et de poser les bons gestes dans des situations souvent stressantes. »
En 2025, Patrick Lavoie a obtenu la toute première Chaire de recherche du Canada sur l'apprentissage de la prise de décision infirmière, une reconnaissance nationale qui ancre ce programme de recherche parmi les plus distinctifs au pays.
Au cœur de cette démarche : l'oculométrie, une technologie qui permet de suivre en temps réel ce à quoi une personne porte son attention. Concrètement, les participant·e·s portent des lunettes équipées d'une caméra et de capteurs oculaires qui enregistrent, à la milliseconde près, ce qu'ils regardent, dans quel ordre et pendant combien de temps.
Dans le cadre de formations en réanimation cardiorespiratoire, ces travaux ont mis en lumière des différences marquées entre les soignant·e·s novices et ceux et celles qui ont beaucoup d'expérience. Les premier·ère·s ont tendance à se concentrer sur leur tâche immédiate, tandis que les expert·e·s maintiennent en permanence une lecture globale de la situation. Les résultats sont révélateurs et permettent d’améliorer les formations.
Les travaux du laboratoire ont récemment pris une forme inattendue : une bande dessinée. Née d'un projet de recherche sur la prise de décision en soins critiques de chirurgie cardiaque, « Sang d’encre » est construite à partir de quelque 40 récits recueillis auprès d'infirmier·ère·s de l'ICM, synthétisés en une histoire unique illustrée avec une précision quasi documentaire.
« L'idée, c'était de valoriser le rôle infirmier et de démystifier ce qui se passe derrière des portes closes », explique Patrick Lavoie. « Le public a rarement accès à ce type d’environnement hospitalier. Il y a encore beaucoup de gens qui pensent qu'un infirmier ou une infirmière, ça ne fait que des prises de sang. Mais au-delà de ça, il y a tout un rôle qu'on voulait illustrer. »
Le choix du format n'est pas anodin. En plus de son accessibilité, la bande dessinée offre une liberté artistique que la photographie n'aurait pas permise — les personnages sont des animaux, ce qui protège la confidentialité des patient·e·s et du personnel tout en permettant d'exprimer des situations complexes avec nuance. L'œuvre a rapidement attiré l'attention des médias avec une couverture nationale qui témoigne de la portée de la démarche.
Derrière ces avancées, il y a le soutien concret de la Fondation de l'ICM. Les fonds octroyés ont permis de financer deux postes de coordination de recherche, occupés par deux étudiantes au doctorat en sciences infirmières, dont la contribution a été déterminante dans le développement des activités du laboratoire.
Le rayonnement du laboratoire s'est également intensifié : en 2024 et 2025, l'équipe a publié 27 articles scientifiques, présenté ses travaux dans 34 congrès nationaux et internationaux, et été invitée à titre de conférencière à six reprises.
Dans un milieu où l'innovation technologique occupe une place croissante, Patrick Lavoie est lucide face à l’avenir. L'intelligence artificielle et les nouvelles technologies transforment la pratique clinique à un rythme que l'on peine parfois à suivre. Mais pour lui, une certitude demeure : la technologie est un outil. « Mon leitmotiv, c'est de toujours garder l'humain au premier plan », dit-il. Car, au bout du compte, ce dont les patient·e·s se souviennent le plus, c'est de la personne qui a pris le temps de les écouter et de veiller à leur confort. C'est cette dimension relationnelle que le Laboratoire de recherche en sciences infirmières s'engage à préserver, en formant des infirmières et infirmiers capables de conjuguer rigueur scientifique et présence humaine.