Cet article est tiré de la sixième édition du magazine de la Fondation.
À l’Institut de Cardiologie de Montréal, un cardiologue explore un territoire en pleine évolution : celui de la cardiologie sportive.
Le Dr François Simard, en poste depuis 2020, est surspécialisé en cardiologie du sport et en imagerie cardiovasculaire. Il accompagne des athlètes de haut niveau et toute personne ayant intégré l’entraînement à son mode de vie.
Son approche se situe à la croisée de deux réalités : promouvoir l’activité physique comme pilier de la prévention, tout en identifiant avec précision les situations où l’effort peut révéler une fragilité insoupçonnée. Ici, la performance ne s’oppose pas à la santé – elle se construit avec elle.
Formé à l’Université de Montréal, le Dr Simard a réalisé une partie de sa résidence et un stage à l’ICM, un environnement où son intérêt pour la prévention et l’exercice physique de haut niveau pouvait devenir une expertise à part entière.
« J’ai tout de suite été attiré par la philosophie des soins et la possibilité de développer une expertise très ciblée, tout en étant solidement entouré », raconte-t-il.
Son intérêt pour la cardiologie sportive s’est imposé progressivement à partir de situations cliniques concrètes : des événements cardiaques survenant pendant l’effort, des cas de mort subite – rares, mais marquants –, des athlètes confronté·e·s à des diagnostics complexes. Sachant cela, comment continuer à pratiquer son sport en toute sécurité? Cette question récurrente l’a également amené à plonger dans le sujet.
Pour développer cette expertise encore émergente au Canada, il fallait un milieu capable de soutenir sa démarche. À l’ICM, des mentors ont cru au projet. Les Drs Martin Juneau, Peter Guerra et François-Pierre Mongeon l’ont encouragé à approfondir cette niche.
« Ils m’ont dit : “On croit en ton idée, c’est un champ qui mérite d’être développé. Va te former davantage, et on va t’appuyer pour que ça prenne forme ici.” »
La cardiologie sportive exige avant tout de comprendre de quelle façon le cœur réagit à l’entraînement.
« Lorsqu’on s’entraîne à haut niveau, le débit cardiaque peut augmenter de cinq à sept fois par rapport au repos », explique le Dr Simard.
Avec l’entraînement, le cœur se remodèle : les cavités s’agrandissent, les parois s’épaississent, le muscle devient plus efficace. Au repos, la fréquence cardiaque peut descendre à 40 battements par minute, parfois moins, sans que cela soit pathologique. Le Dr Simard se souvient d’un athlète qui s’inquiétait parce qu’il avait découvert, grâce à sa montre connectée, que ses fréquences nocturnes étaient très basses. « Chez lui, c’était le signe d’un cœur efficace, et non pas d’un problème ». Toute la complexité de la cardiologie sportive réside dans cette frontière : savoir distinguer l’adaptation physiologique d’une pathologie.
À l’ICM, le Dr Simard participe à l’un des premiers projets pilotes de dépistage cardiovasculaire chez les athlètes au Canada. Il est sollicité par ses collègues cardiologues, pour des cas spécialisés, ainsi que par des organisations sportives, comme l’Institut national du sport du Québec ou les Carabins de l’Université de Montréal, pour des évaluations préventives.
Ses consultations concernent principalement deux profils : le jeune athlète dépisté, chez qui une anomalie est suspectée, et l’athlète vétéran de 35 ans et plus, dont le principal risque demeure la maladie coronarienne.
Une athlète de l’Institut national du sport du Québec témoigne : « savoir qu’on peut être évaluée ici, avec des spécialistes qui comprennent notre réalité, ça enlève beaucoup d’inquiétude. On se sent encadrée plutôt que freinée. ».
Les signaux d’alerte existent – douleur thoracique à l’effort, syncope, chute inexpliquée de performance –, mais ils ne sont pas toujours présents.
« Perdre connaissance pendant l’activité physique, ce n’est jamais banal et ça mérite une investigation rapide », souligne le cardiologue.
Évaluer un·e athlète nécessite des outils adaptés à son niveau de performance. Le Dr Simard combine différentes approches : tests à l’effort, mesure de VO2 max – un indicateur de la capacité maximale d’utilisation de l’oxygène pendant l’exercice – et imagerie cardiaque.
« Un test standard peut être insuffisant pour un·e athlète d’élite. L’idéal serait de reproduire le plus fidèlement possible le geste sportif. Et ce n’est pas toujours évident. »
Pour un·e rameur·euse, par exemple, tester le cœur dans une position et une dynamique proche de la réalité offrirait une lecture plus juste.
L’imagerie joue un rôle central. L’échographie permet d’évaluer la structure et la fonction du cœur, tandis que l’imagerie par résonance magnétique peut, dans certains cas, révéler de petites cicatrices ou des microlésions invisibles autrement.
Ces cicatrices au cœur, parfois observées chez les athlètes vétéran·te·s asymptomatiques, soulèvent de nouvelles questions : quelle est leur origine? Ont-elles un impact sur le risque cardiaque futur? Comment adapter les recommandations?
Autant de pistes que la discipline explore avec prudence et curiosité.
La cardiologie sportive place l’athlète au centre des décisions, et c’est sans doute là qu’elle prend toute sa dimension humaine. En fait, il ne s’agit pas seulement de mesurer et de diagnostiquer, mais bien de prendre une décision en tenant compte du risque et, surtout, de la personne.
« Avant, on était beaucoup plus paternaliste. La décision d’arrêter ou de poursuivre le sport relevait surtout du ou de la médecin. De plus en plus, on se rend compte qu’il faut mettre l’athlète au centre de nos décisions. On discute des risques, car c’est une décision partagée », confie le Dr Simard.
L’athlète consulte pour comprendre comment poursuivre son sport de manière sécuritaire et le rôle du cardiologue est alors d’éclairer sans freiner l’élan.
La cardiologie sportive continue d’évoluer et de structurer ses repères. Elle conjugue science, performance et responsabilité. À l’Institut de Cardiologie de Montréal, elle trouve un terrain fertile – un lieu où l’expertise pointue et l’approche humaine avancent de concert.
Si le cœur de François pouvait parler, voici ce qu’il nous dirait :
« Protéger la santé sans freiner l’élan, c’est là que la cardiologie sportive trouve son sens. À l’ICM, j’ai le privilège de participer à l’essor d’une discipline où l’innovation, la collaboration et l’expertise se rejoignent pour repousser les frontières de la santé et de la performance des athlètes. »